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0555LEO-JM-SetI-1DC

Paru le:  30-09-2021

Editeur:  Les éditions Ovadia

Isbn:  978-2-36392-460-5

Ean:  9782363924605

Prix:  25 €

Caractéristiques: 
342 pages

Genre:  Essai

Thème:  Scienceshumaines

Thèmes associés: 

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Santé et identité

Une approche narrative ricœurienne

L’Athénien : […] Vous savez qu’il y a deux sortes de médecins, les médecins proprement dits, et des gens à leur service à qui l’usage donne aussi le nom de médecins...

Jihad Maalouf docteur en médecine et docteur en philosophie, a publié plusieurs livres, notamment La santé qui vient. Une approche heideggérienne (Editions Orizons, 2017). Il enseigne les Humanités médicales dans plusieurs universités libanaises.

Tiraillée entre le naturalisme et le normativisme, la philosophie de la médecine a élaboré des concepts de santé ou de maladie en rapport avec des composantes du concept d’identité. La phénoménologie de la médecine arrive à formuler ces concepts comme phénomènes identitaires, mais de consistance plus descriptive. L’herméneutique de la médecine porte ces constructions conceptuelles à une dimension plus perspicace, soit ontologique avec l’herméneutique heideggérienne et gadamérienne, soit narrative avec l’herméneutique textuelle. Face à ce large champ théorique et en dialogue avec la médecine basée sur les preuves, la pratique de la médecine narrative développe le rôle du récit de maladie et l’importance des compétences narratives dans une visée clinique.
Cette histoire contemporaine dévoile la nécessité de revisiter le rapport entre la santé et l’identité en dehors de tout réductionnisme. Elle appelle à une conceptualisation narrative de la tétrade: la santé, le soin, la guérison et la maladie. Pour cette tâche et pour répondre à la question : « la santé de qui?», la philosophie de l’action de Paul Ricœur sert de plateforme conceptuelle, de méthode herméneutique et de critique narrative.

« Mais alors pourquoi dois-je au médecin et au précepteur quelque chose de plus que leurs honoraires, qui ne m’acquittent point envers eux ? Parce que de médecin et de précepteur ils passent au rang d’amis ; et ce n’est point par la science qu’ils me vendent que je m’attache à eux, c’est par un sentiment de bienveillante familiarité. Quant au médecin qui ne fait que me tâter le pouls et qui me classe parmi ses banales visites, me prescrivant, sans s’intéresser à moi, ce qu’il faut faire ou éviter, je ne lui dois rien de plus ; car il n’est pas venu me voir en ami, mais comme un faiseur d’ordonnances. […] Pourquoi est-ce donc que l’on doit beaucoup à ces deux hommes ? Ce n’est pas parce qu’ils nous vendent ce qui vaut plus que nous ne l’achetons, c’est parce qu’ils font quelque chose pour nous personnellement. Mon médecin m’a témoigné plus de sollicitude que son état ne l’y obligeait : c’était pour moi, non pour l’honneur de l’art qu’il tremblait ; non content d’indiquer les remèdes, il les appliquait de sa main. Des plus inquiets sur mon sort, et des plus assidus, aux moments critiques il accourait ; les services les plus pénibles, les plus rebutants, ne lui coûtaient point. Il n’entendait pas mes gémissements sans émotion ; dans la foule de ceux qui l’invoquaient j’étais son malade de prédilection, et il ne donnait son temps à d’autres que si mon état le lui permettait. Celui-là, ce n’est pas comme médecin, c’est comme ami qu’il m’a obligé. »