Paru le: 15-05-2026
Editeur: Les éditions Ovadia
Isbn: 978-2-36392-687-6
Ean: 9782363926876
Prix: 25 €
Caractéristiques:
308 pages
Genre: Essai
Thème: Essais
Thèmes associés:
La logique du clivage gauche-droite
Essai de métapolitique

Mon reproche de fond est que les politologues manquent singulièrement d’entraînement en logique (à de rares exceptions près), ne serait-ce qu’en logique élémentaire.
Fabien SCHANG est docteur en philosophie. Ses recherches en philosophie de la logique ont porté en particulier sur la théorie des oppositions et son impact sur la formation des champs lexicaux philosophiques. Il a enseigné en qualité de chercheur post-doctoral en Russie puis au Brésil, et il est actuellement professeur certifié de philosophie dans l’enseignement secondaire.
La distinction politique entre « gauche » et « droite » paraît vieille comme le monde, mais elle a une histoire propre. A-t-elle aussi une logique propre, et comment peut-on comprendre cette opposition qui n’est ni claire ni partagée par toutes les cultures politiques ?
L’auteur fait un pari kantien pour répondre à cette question : « gauche » et « droite » ne sont pas des idéologies particulières mais le cadre général dans lequel toute idéologie prend son sens dans le temps et l’espace. A l’appui de cette approche formelle, l’ouvrage propose de battre en brèche un certain nombre d’idées reçues sur l’espace politique : les communistes ne sont pas « de droite », mais ils auraient pu l’être ; le conservatisme n’est pas « de droite » par définition, ni le progressisme « de gauche » ; « gauche » et « droite » expriment avant tout un rapport au pouvoir, et les idées politiques pour les illustrer sont secondaires ; l’espace politique n’est pas une ligne continue, et cette représentation topologique induit en erreur sur la signification du « centre ».
Que reste-t-il de nos certitudes sur « la gauche » et « la droite », au final ? Pas grand-chose après cette relecture du clivage, basée sur la philosophie du langage et de la logique. Sinon ceci : « gauche » et « droite » sont comparables à deux tiroirs, l’un et l’autre servant à classer des objets selon leurs propriétés ou leurs fonctions ; or ce n’est pas parce que de nouveaux objets font leur apparition et compliquent le tri que les tiroirs n’existent plus ou qu’ils n’ont plus de sens. « Gauche » et « droite » conservent tout leur sens, malgré une tendance très répandue à prétendre le contraire. Reste à savoir ce qu’ils signifient en principe, loin des associations d’idées et des manipulations rhétoriques.
On ne compte plus aujourd’hui les ouvrages de réflexion politique faisant le constat d’une crise multiforme de la société française (et, au-delà, européenne, voire occidentale), d’un blocage persistant des institutions, d’un malaise grandissant au sein de la population, attestée par le nombre considérable de mouvements sociaux qui se constituent pour porter leurs revendications dans l’espace public, souvent de façon convulsive et exaspérée. Tout aussi nombreux sont les écrits qui dénoncent les atteintes aux libertés publiques, les influences menaçantes pesant sur les libertés privées, les distorsions de l’information, l’affaiblissement des processus démocratiques, voire leur subtile confiscation. En matière de philosophie politique, le genre de la déploration connaît un succès qui ne faiblit pas. Mais peut-être ne s’est-on pas suffisamment demandé quelles sont les raisons d’une telle persistance dans la tristesse de la pensée – et parler d’une phase de dépression collective n’est guère plus éclairant. Peut-être ne s’est-on pas intéressés aux conditions mêmes de la réflexion politique, au langage dans lequel s’inscrivent les concepts et les arguments, à sa nature, à ses dimensions, voire à sa dynamique.
Prendre de la hauteur par rapport au champ de bataille est certes un pari risqué, car il n’est pas donné à tous de bénéficier de l’effet de distance sans verser dans les élucubrations du point de vue de Sirius. On gagne certes une vision élargie, sinon un panorama d’ensemble, mais souvent au détriment de la pertinence, faute de la perception des corps à corps singuliers et des mille et un détails des luttes politiques. L’ambition de ce livre est celle d’une élévation méthodique et mesurée, destinée à contribuer à l’élucidation des coordonnées logiques des réflexions politiques à venir.
